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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 09:11

 

 

La carrière d’Astrid Herbert-Ravel, directrice des ressources humaines à La Poste, est brisée net en 2002, lorsqu’elle tombe sous la coupe d’un nouveau supérieur hiérarchique.

Après l’arrivée de ce directeur, elle est victime « de pratiques dévalorisantes et attentatoires à sa dignité se traduisant par un harcèlement sexuel et moral», qui vont culminer dans «une scène d’une violence inouïe» au cours de laquelle ce délicat personnage l’agresse «verbalement et physiquement», puis la menace de lui «régler son compte» s’il la croise de nouveau au sein du groupe.

La direction régionale de La Poste, auprès de qui elle se plaint de ces pratiques, lui répond, dans un courrier daté du 26 juillet 2004, qu’«il est avéré que les difficultés évoquées sont réelles», qu’elle a «subi une altération sévère et durable» de son «état de santé», et que  «cette altération est secondaire à une situation de souffrance au travail vécue comme du harcèlement moral».

 

«La responsabilité de La Poste»

 

Astrid Herbert-Ravel, que cette réponse ne satisfait guère – puisque si sa souffrance est explicitement reconnue, les pratiques dont elle a été victime sont minimisées -, est alors affectée à ce qu’elle appelle des «missions “bidon“ dans un service de relégation»: elle s’enfonce dans une profonde dépression, dont témoignent les certificats que lui délivre le docteur Marie Pezé, spécialiste reconnue de la souffrance au travail. Selon ces documents: «La Poste n’a pas vraiment mis en place de réparation pour la situation de harcèlement sexiste vécue. Il est légitime que Mme Herbert maintienne un discours de récrimination, puisque sa trajectoire est entravée tandis que celle de son ancien responsable continue brillamment. (…) Il est (…) évident sur un plan juridique que la responsabilité de La Poste est engagée tant dans le côté tardif de la prise en charge que dans l’absence de mesure disciplinaire prise à l’encontre du chef de service, enfin dans une complaisance dans l’éloignement de Mme Herbert.»

En 2011, la jeune femme porte plainte pour «harcèlement moral» contre trois dirigeants de La Poste, dont le président de l’époque, Jean-Paul Bailly. La presse et les médias s’intéressent à son combat, et, au mois de décembre 2012, Canal Plus la contacte pour lui demander de participer à l’enregistrement d’une émission sur le harcèlement. La Poste est également contactée: la chaîne souhaite recueillir son point de vue. La direction du groupe propose alors une transaction à son ancienne DRH - qui en accepte le principe: l’entreprise s’engage à lui verser une très considérable indemnité. En contrepartie de quoi: Astrid Herbert-Ravel doit quant à elle démissionner, retirer sa plainte, renoncer à faire reconnaître sa dépression comme une maladie professionnelle, et promettre ne plus avoir aucun contact avec la presse et les médias.

 

«Enquête et analyse»

 

Le 15 janvier 2013, elle donne sa démission – «écrite sous la dictée», assure-t-elle. Mais assez rapidement: elle constate que La Poste ne semble pas vouloir respecter ses engagements. Elle consulte alors un avocat spécialisé, qui l’informe, explique-t-elle, «de l’illégalité des accords transactionnels d’ordre pécuniaire dans la fonction publique»: elle saisit alors – en référé - le Conseil d’État, pour faire immédiatement suspendre les effets de la démission qui lui a selon elle été «imposée», et obtenir sa réintégration.

D’autre part, elle vient d'adresser à La Poste – en tant que personne morale – et à plusieurs de ses dirigeants et ex-dirigeants - dont Jean-Paul Bailly, qui vient de céder son fauteuil présidentiel à Philippe Wahl - une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour «harcèlement moral» et «discrimination»: elle estime que le groupe a «institutionnalisé», bien au-delà de son propre cas, des pratiques générant «un mal-être évident des personnels», dont témoignent notamment, depuis plusieurs années, les suicides de nombreux postiers.

Astrid Herbert-Ravel vient également de faire une lettre aux membres du conseil d’administration de La Poste, pour les tenir informés de ces divers recours. Elle leur écrit aussi qu’elle a effectué, «à partir des éléments qui lui ont été communiqués par des postiers de tout niveau», un «travail d’enquête et d’analyse» sur le management de l’entreprise, et que, «forte des éléments» ainsi réunis, elle s’apprête à «communiquer» des conclusions qui étayent selon elle «la thèse du harcèlement institutionnel» : affaire à suivre, donc.

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